Forum en play by post du jdr de Lionel Panhaleux & Nicolas Thomelin aux Editions John Doe


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1 Prologue - Novembre 2015 le Mar 4 Oct - 14:30

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Hell is Empty. All the devils are here.
                                                     – William Shakespeare


Le monde a changé depuis hier.

Avant il était fait de casinos et d’hôtels, de béton et de bruit. Maintenant ce sont des chênes rouges qui défilent au son de la pluie, leurs feuilles peintes de leur couleur éponyme par l’automne tardif du New Jersey. C’est idiot, mais tu avais oublié les saisons. D’habitude elles ne mettent pas les pieds sur tes terrains de jeu.
Le ciel lourd et bas a viré au rouge lui aussi, imbibé de sang par le soleil couchant. Ou alors ce sont tes yeux rougis qui passent tout à leur couleur. Ou ton imagination derrière tes lunettes qui d’habitude teintent tout de gris.

Une chose est sûre, le monde a changé depuis hier.  

Ton front commence à être froid, ça doit faire un moment que tu as la tête contre la vitre. Comment t’es arrivé là déjà ? Tu n’as pas vraiment le souvenir de la descente de l’avion. Ni même d'être monté dedans, d'ailleurs. Tu sens qu’une réponse se cache au fond de la bouteille de rhum dans ta main. Tu en reprendrais bien une gorgée mais tu te souviens qu’elle est vide. Alors tu continues de garder les yeux collés sur le paysage. C’est comme écouter du bruit blanc après une rave trop longue. Ça calme.  
 
Un soubresaut sur la route fait sortir la chevalière pendue à ton cou de ta chemise à moitié ouverte. Par reflexe, tu l’attrapes, comme on rattrape un chapeau soulevé par le vent, et sans lequel on se sentirait nu. Le regard toujours dehors, ton index parcourt machinalement les contours de la hiéra de Cetus. À tes six ans tu l’avais enfilée sur une chaine d’argent et mise autour du cou en attendant que tes mains grandissent, et puis par habitude, tu l’avais gardée là. Aujourd’hui elle te semble différente elle aussi. Sur la face de la bague, ton doigt retrace la même tentacule enroulée sur son disque de nacre, mais il y’a quelque chose de nouveau. Elle semble plus lourde. Et paradoxalement plus petite.

Avant que tu puisses repenser à ceux qui te l’ont donnée, les arbres ralentissent puis s’arrêtent. Une voix te parvient en grec, et la banalité de son propos te sort de ta rêverie.

«Et voilà. Ça fera 120 dollars. »

Un quarantenaire chauve avec une casquette de chauffeur qui couvre mal sa calvitie te regarde avec la même sérénité que les cariatides de son Athènes natale. Un ange passe, et les gouttes continuent de chatouiller le toit de l’Audi. Après un temps, tu te tournes vers la fenêtre opposée, qui désormais encadre une maison sur une colline.



Quand tu reviens au chauffeur, tu t’aperçois avoir complétement passé outre sa conversation du trajet quand il ponctue son monologue pour personne:

« Bref, j’ai beau leur dire, eux i’croient que j’ai fui la crise comme un lâche et que j’ai abandonné les miens. Et moi je dis que c’est des conneries. J’ai toujours payés mes impôts et je leur dois rien. Je suis venu ici pour donner de quoi vivre à ma famille. C’est tout. Attendez, bougez pas j’vais vous ouvrir la porte.»

Le temps qu’il traine son quintal sous un parapluie jusqu’à toi, tu regardes vers la maison et distingue les silhouettes familières d’un homme et d’une femme à travers les vitres immenses de leur maison. Etrange, elles sont chacune dans une pièce séparée. C’est la première fois que tu les vois simultanément sans qu’ils ne soient à côté l’un de l’autre. Mais la maison est lumineuse. Accueillante, par cette froide pluie d’Automne. Tu finis par distinguer une troisième silhouette que tu ne connais pas, au fond de ce qui semble être le salon.

Ils ne t'ont probablement pas encore vu. Qu’est ce que tu fous ici, putain ? Tu pourrais simplement demander de repartir. Et tu pourrais encore avoir l’espoir que tout n’aura pas changé, finalement. Mais l’idée de dormir seul te terrifie. Ton rythme cardiaque s’accélère.


C’est tout le problème, avec la condition de Myste. On ressent toujours l’importance des moments qui vont bouleverser la Trame.

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2 Re: Prologue - Novembre 2015 le Mer 5 Oct - 8:08

“Ô cocher, voici une obole qui te remercierait”

C’est à peu près la phrase que j’ai répondu au chauffeur en lui tendant un billet de 100. Ma tentative de modernisation de mon grec ancien n’a pas dû porter ses fruits au vue de son regard.
"Tiens garde ça y’en a un fond , là où je vais il est de toute façon bien meileur”, lui dis-je en lui tendant ma bouteille de rhum dans un américain avec une très légère pointe italienne.
Je reste deux minutes à regarder la maison en me demandant effectivement pourquoi je suis là, comme si ma raison commençait à trouver un chemin à travers les brumes de l’alcool. Puis je pars d’un pas décidé vers la maison, une larme coulant le long de ma joue, puis une deuxième , puis une troisième et je me mets à courir à courir, puis à rire et je trouve enfin comme faire mon entrée, en m’écrasant contre la vitre pour la faire résonner et j’y ajoute un “WHHHHHOOOOOOAAAAAAA” afin de voir si le coeur de Justine est bien accroché.

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3 Re: Prologue - Novembre 2015 le Mer 5 Oct - 15:48

Je sursaute et me retourne prestement tout en jetant un oeil rapide à mon sabre fétiche posé près de mon bureau.

Reconnaissant le trublion, mon visage se transforme aussitôt et j'offre mon plus beau sourire, invitant Mattéo de la main à vite entrer pour ne pas se mouiller plus que de raison.

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4 Re: Prologue - Novembre 2015 le Mer 5 Oct - 17:15

Ma tête indique clairement la déception quand au peu d'effet de ma superbe blague.
Je recule d'un pas un peu lourd et le temps que je me dirige vers la porte mon sourire s'efface pour ne plus marquer sur mon visage qu'un masque de mort. Je m'approche de la porte.

Quand la porte s'ouvre, ce sont mes cernes qui frappent les esprit et mon regard halluciné, contrebalancé par un gigantesque :
"YYYYEEEEAAAAHHHH QUUUUUIIEEEMMMM!!!! ptain! ça faisait trop longtemps vieux! et justine ! comme ca va les amoureux? tu vois je passais par là et je me disais que je pourrais te voir, tu vois histoire de discuter! c'était quand la dernière fois, Il y a un an c'est ça, non?"

Mon regard se porte alors vers la troisième silhouette


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5 Re: Prologue - Novembre 2015 le Mer 5 Oct - 17:57

Mécontent. Frustré.

C'est elle que je voudrais tenir dans ses bras et elle me laisse-là, avec Andrew, alors que je n'ai pas envie de parler. Je suis revenu pour la retrouver, pour m'y effondrer, retrouver le rythme du temps et de son souffle, et voilà qu'elle tente de me coincer dans mon rôle de maître de maison en m'abandonnant avec son hôte.

Mais moi, je ne lui ai jamais demandé de venir, à celui-là.

J'attends qu'elle revienne - elle ne va pas rester dans son bureau indéfiniment, elle a dit qu'elle avait juste une bricole à faire. Si elle m'en veut à moi, elle n'en veut pas assez à son cousin, je pense, pour le laisser seul avec moi dans un mauvais jour bien longtemps. Je pense ? Non, j'espère. Pour nous deux.

En attendant, je me donne contenance en replaçant les bûches dans la cheminée. La chaleur, la lumière, attisent en moi comme un regret : aurais-je dû rester là-bas ?

Quand soudain, un bruit sourd se fait entendre. Ça vient du bureau de Justine. Aussitôt mon corps se tend, aux aguets, inquiet. Cela venait plutôt de dehors, et mes yeux soupçonneux voient une silhouette traverser la terrasse. Dans l'obscurité épaissie par la nuit, je ne vois pas qui c'est. Voyant Justine dans l'embrasure de la porte, prête à faire de grandes enjambées, dans son corps qui va vers l'avant, je devine qu'elle a invité l'inconnu à entrer, et je la devance, par réflexe.

Je suis accueilli par :

"YYYYEEEEAAAAHHHH QUUUUUIIEEEMMMM!!!! ptain! ça faisait trop longtemps vieux! et Justine ! comme ca va les amoureux? tu vois je passais par là et je me disais que je pourrais te voir, tu vois histoire de discuter! c'était quand la dernière fois, Il y a un an c'est ça, non?"


Pour une surprise ! J'en oublie ma mauvaise humeur. Je le prends dans mes bras en guise de salutations puis je m'écarte.

- Matteo ! Quelle surprise ! Donne moi ton manteau !

C'est alors qu'il s'avance dans la lumière de notre pièce à vivre que je vois ses cernes et son regard hagard. Je fronce des sourcils, et ne dis rien, me contentant de l'inviter d'un ample geste de la main. Matteo connait déjà cette grande pièce claire, sans autre écran que celui de ses immenses baies vitrées donnant sur la nature. La cuisine au fond, où se trouve un bar qu'il a vidé plus d'une fois, la salle à manger où on a fait quelques pokers, les canapés clairs, près de la cheminée, sur lequel on s'est plus d'une fois affalés. Près de l'un d'eux, une sculpture moderne. Près de l'autre, une photo de Justine en noir et blanc - seule trace du figuratif dans la maison, outre les dieux pénates et lares posés sur le manteau.

- Je crois que tu connais le cousin de ma femme, Andrew ?

Puis je me tourne vers celui que je viens de nommer et à qui je tends un sourire plus aimable :

- Andrew, c'est Matteo, mon cousin. Je crois que vous vous êtes déjà rencontrés ?

"Peut-être pas, en fait. Andrew est arrivé après notre mariage. Mais ils se sont peut-être rencontrés à une de ses horribles soirées mondaines de ces mords-moi-l'noeud du cercle d'or ? Ou affiliés ?" me dis-je.

- Bon, whisky pour tout le monde ?

Dis-je en m'avançant en grandes enjambées vers la cuisine.

- Tu restes dîner avec nous, évidemment, Matt. Justine, tu vas nous chercher une bonne bouteille ?



Dernière édition par Eyquem Antonioni le Mer 5 Oct - 18:07, édité 5 fois

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6 Re: Prologue - Novembre 2015 le Mer 5 Oct - 18:03

Souriante, je m'avance pour saluer Mattéo.

Je l'embrasse chaleureusement.

Je pose un délicat baiser dans le cou d'Eyquem et lui effleure la main de ma dextre puis me dirige rapidement vers la cave.

-J'y vais de ce pas mon chérie

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7 Re: Prologue - Novembre 2015 le Mer 5 Oct - 18:09

L'odeur du rhum s'active autour de toi Justine quand tu m'embrasses ,
et je me tourne vers Equyem :
"Ouais t'aurais pas du rhum plutôt? tu sais les mélanges d'alcool je suis pas trop fan!"

Je jette un regard vers Andrew et cherche dans le fond de ma mémoire si à un moment son visage me dit quelque chose, puis j'abandonne, l'effort commençant à me faire monter la nausée.

Je m'approche de lui et lui tends le poing en attendant son check

"Yo Mec , désolé de te rencontrer ce soir"

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8 Re: Prologue - Novembre 2015 le Mer 5 Oct - 18:23

J'ai un sourire entendu quand je réponds :

"Bien sûr que je connais Matteo."

Je m'amuse un temps de sa dégaine foutraque qui constraste avec mon sous-pull sans plis. Mais très vite, sa mine et ses réclamations alcolisées me font froncer les sourcils :

"Pourquoi désolé ?"



Dernière édition par Andrew le Jeu 6 Oct - 8:30, édité 1 fois

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9 Re: Prologue - Novembre 2015 le Mer 5 Oct - 22:50

Parce que tu vois je pense que ça va plutôt être le bureau des pleurs, et je ne voulais pas casser la super ambiance de votre soirée

Et je me laisse tomber dans le canapé le plus proche, et ferme les yeux une ou deux secondes le temps de rassembler mes idées.

Bon alors c'était la fête ce soir? Encore désolé Equyem d'arriver à l'improviste mais tu sais , c'est toujours là qu'on a plus besoin de la famille!

Je ne sais pas du tout comment leur annoncer. Je ne sais pas du tout si je dois continuer à jouer le jeune con prêt à rigoler de tout et à les emmener dans une folle soirée, ou bien laisser tomber le masque et m'effondrer.
Je relève doucement la tête et mon regard semble porter toute la tristesse du monde.

Ils sont morts. Je les détestait et ils sont morts. Je les aimais et ils sont morts.

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10 Re: Prologue - Novembre 2015 le Jeu 6 Oct - 4:57

Jusqu'ici, les bruits dans la cuisine était feutré : shuintement des tiroirs et portes de placards qui s'ouvrent et se ferment avec mesure, tintement discret des bouteilles posées en douceur sur le plan de travail, premier bruissement du liquide qu'on verse, cela formait comme une petite mélodie d'arrière fond. Quand soudain, il y a un claquement sonore suivi d'un "Merde" qui se veut étouffé, mais qui ne l'est pas.

Je vois sans voir Justine qui vient de sortir de la cave, une bouteille à la main, arrêtée dans sa marche par la nouvelle. Ce que je vois, à travers elle, en moi, c'est cet immense jardin que nos jeux d'enfants ne remplissaient pas. Ce que je vois, c'est cette grande demeure aux hauts plafonds dans laquelle, même avec ses parents - où à cause d'eux ? - le petit Matteo paraissait trop petit. Même sa chambre, quand nous la remplissions avec mes frères et sœurs - sauf Essia, qui faisait sa grande, pff - semblait trop grande pour lui. J'avais toujours eu l'impression que cette maison allait à Matteo comme un vêtement acheté deux tailles au-dessus.

Cette maison, c'était une solitude que l'amour familial n'emplissait pas.

Et puis...

Et puis il y avait mon intimidant "tonton" (qu'on n'avait jamais appelé ainsi) - et sa femme belle, belle ! Mais bien plus intimidante encore. Son profil pur se détache, dans mon souvenir, dans le jeu de lumière d'un après midi à l'ombre d'un arbre. Mais c'est un profil lointain, dont je fuis le regard qui transperce. C'est un profil que je lorgne à la dérobade. La beauté m'attire autant que la froideur me repousse. Le métal dans ma main de forgeron est plus tendre que ce regard.

L'ombre que portait ce regard, toujours, écrasait la pâleur du fils.

Par solidarité instinctive de gosses qui perdure quand l'enfance nous quitte, je n'avais jamais franchement cherché à les connaître. J'avais toujours été du côté de Matteo. Du côté de la vie, de la gaieté. De la souffrance mal dissimulée au départ - de mieux en mieux cachée en suite.

Mais là, il ne la cache plus. Et la blessure que me cause sa peine me ramène à la réalité. Pour les gens qui m'entourent, cette remontée dans les souvenirs n'aura duré qu'une seconde ou deux - le temps d'un silence.

Je double rapidement nos doses de rhum et de whisky, et apporte le tout en vitesse. Mes pieds nus couvrent les deux dizaines de mètres qui nous séparent rapidement, et mon cul vient rejoindre celui de mon ami d'enfance - plus encore qu'un cousin - sur le canapé.

Je parle sans trop réfléchir.

- Putain. J'ai toujours cru que mes parents nous quitteraient avant les tiens.

Je lui tends son verre, à la belle couleur ambrée, dans lequel errent des glaçons spéciaux, en pierre.

- C'est du Karukera. J'y connais rien en rhum, j'espère que ça ira. C'est mon Agence de voyage qui s'occupe de mon bar.

Mon "agence de voyage", Matteo le sait, c'est mon assistant personnel. Mais c'est ainsi que je l'appelle.

- Putain. Mais comment ça s'est passé ? Ils étaient jeunes encore !

Puis je me redresse, et pose la main sur son épaule.

- Et toi ! Comment tu vas ?

Je n'ose imaginer la bataille des émotions contraires qui doit se livrer en lui. Et, en même temps, instinctivement, je prends déjà conscience que je parle au détenteur d'une fortune colossale.

Même après leur mort, ils pourriront sa vie.

Je bois une belle lampée de mon propre breuvage. Je ne me rends même pas compte que j'ai oublié de servir Andrew et Justine.



Dernière édition par Eyquem Antonioni le Jeu 6 Oct - 8:20, édité 1 fois

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11 Re: Prologue - Novembre 2015 le Jeu 6 Oct - 7:38

Mon cerveau semble s'être mis sur pause.
Je ne pense plus à rien.

Je réponds à Equyem à chacune de ses questions tel un robot déglingué:

- Putain. J'ai toujours cru que mes parents nous quitteraient avant les tiens.

_ouaip moi aussi

- C'est du Karukera. J'y connais rien en rhum, j'espère que ça ira. C'est mon Agence de voyage qui s'occupe de mon bar.

Merci, j'ai connu pire
J'approche le verre de mes lèvres de manière automatique. C'est au moment où le breuvage touche ma langue que mon visage change brutalement d'expression, comme si je prenais conscience de la qualité du rhum, puis je replonge la tête en avant, le verre au bout des doigts.

- Putain. Mais comment ça s'est passé ? Ils étaient jeunes encore !

Ouais, trop jeunes pour mourir, c'était le plus beau couple qu'on connaissait .... BlaBlaBla.... Je me lève de ma chaise, commençant à mimer les gens éplorés,
"ho mon dieu, il était si droit, ho elle était si belle, pauvre Venise, Pauvre famille, Il doivent tous être dévastés, Ils étaient un tel exemple pour nous tous, et qui va s'occuper d'une telle demeure, Mais ils n'avaient pas un fils non? Il est parti non? Ho je me souviens comme ils étaient attentionnés avec lui, Ils étaient de si PARFAIT parents,
Je suis parti dans une pantomime assez risible, qui ne s'arrête pas comme si le ressort à l'arrière de l'automate s'était déglingué. Mes gestes s'amplifient de plus en plus et ma voix monte dans des aigus éraillés.


- Et toi ! Comment tu vas ?

Il a trouvé la touche mon cousin, et c'est pour ça que je suis là.

Moi? Je me sens tel Héraklès se dirigeant vers le bûcher du Mont Oeta

Je m'arrête net.

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12 Re: Prologue - Novembre 2015 le Jeu 6 Oct - 8:29

J'ai bouffé ma part de tension au même moment que tout le monde. Un visage fermé pour tout rempart à la salve d'émotions que je ne devrais pas laisser sortir en de telles circonstances. Debout contre la cheminée, mes bras croisés tiennent un verre vide qui patientra volontiers.

Voir le jeune Matteo gérer cet évènement a quelque chose de spectaculaire, je me l'avoue. On ne peut pas attendre de lui qu'il réagisse de façon convenue. Il a trop morphlé pour ça. Il sera lui et ce sera parfait.

"Tu veux dire que tu te sens prêt à épouser ta vraie nature ?"


La question a quelque chose de rhétorique et appelle plus une réflexion qu'une réponse. Je souffle par les narines pour marquer une certaine compassion. Quelque soit sa forme.

"Comment est-ce qu'on peut t'aider Matteo ? Tu veux qu'on s'occupe du..."


Je ne finis pas ma phrase par pudeur. Je n'ai aucune putain d'idée de ce qu'il faut dire à un gamin de sa trempe face à tel drame. Alors si le délester de tout le bordel funéraire à organiser peut calmer un peu la tempête qu'il traverse, je le ferai.

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13 Re: Prologue - Novembre 2015 le Jeu 6 Oct - 12:08


_"Tu veux dire que tu te sens prêt à épouser ta vraie nature ?"

_"Non, plutôt que j'arracherai bien ma peau pour la jeter au feu"
Mes yeux se plantent dans les tiens.

_Comment est-ce qu'on peut t'aider Matteo ? Tu veux qu'on s'occupe du...

_de l'enterrement? si ça te fais kiffer, moi je me voyais plutôt les laisser dans le ravin

Le ton froid que j'ai pu employé laisse peu de doute sur le sérieux de ma remarque.

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14 Re: Prologue - Novembre 2015 le Jeu 6 Oct - 17:15

Un rictus crispé tord mon visage pendant le monologue de Matteo. Oui, les gens étaient dupes, ce qui l'enfonçait plus encore dans la solitude. Et ça ne va pas s'améliorer maintenant...

Je fronce des sourcils lors de la dernière phrase de Matteo.

- Non, ça, ça ne va pas être possible.

Instinctivement, mon regard se lève sur Andrew, qui a parlé de... "ça" le premier, puis vers Justine, trop silencieuse jusqu'ici.

Puis je plante mon regard dans celui de mon cousin.

- Tu me connais assez pour savoir à quel point ça me troue le cul de devoir dire un truc comme ça, mais il faut respecter les formes. Andrew propose de s'occuper de ça, et c'est très bien. Si tu préfères que ce soit quelqu'un de la famille qui gère, ma mère, ou ma soeur... c'est faisable aussi. Mais non, on ne les laissera pas dans le... le ravin ? Quel ravin ?

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15 Re: Prologue - Novembre 2015 le Jeu 6 Oct - 21:27


- Tu me connais assez pour savoir à quel point ça me troue le cul de devoir dire un truc comme ça, mais il faut respecter les formes. Andrew propose de s'occuper de ça, et c'est très bien. Si tu préfères que ce soit quelqu'un de la famille qui gère, ma mère, ou ma soeur... c'est faisable aussi. Mais non, on ne les laissera pas dans le... le ravin ? Quel ravin ?

Bah le ravin où leur voiture est tombé.

J'ai toujours fait plus âgé. Mais parfois, certaines de mes réactions montrent bien que je ne suis qu'un grand ado pas toujours bien conscient de ces actes.

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16 Re: Prologue - Novembre 2015 le Ven 7 Oct - 0:43

Depuis que Matteo a annoncé la mort de ses parents, Justine n'a rien dit. Avec elle la psychologue prend toujours les devants sur l'affect.

Face au manque de tact de son mari, d'habitude elle ruerait dans les brancards, mais pas cette fois ci. Elle observe. Elle écoute. Activement.

Mais quand la dernière phrase du Venicien tombe en éclaboussant le chagrin ambiant d'une gêne poisseuse, psychologue ou pas, elle s'avance et fait ce que n'importe quelle personne sensée ferait face à une telle irréverance.

Elle prend Matteo dans ses bras.

Elle ne dit toujours rien. Elle embrasse juste l'enfant sous qui le monde vient de s'ouvrir pour le retenir dans son étreinte.

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17 Re: Prologue - Novembre 2015 le Ven 7 Oct - 4:50

Lorsque Justine vient prendre simplement Matteo dans ses bras, ça me fait comme un électrochoc.

Je me rends compte que c'est ce que j'aurais dû faire depuis le début. Et ça ne m'a même pas effleuré l'esprit.

C'est d'ailleurs aussi pour ça que je l'aime, ma femme : elle est bien plus intelligente que moi - tout particulièrement quand il s'agit d'être avec d'autres gens.

" Je ne suis qu'un âne.", pensè-je.

Je me lève soudainement, autant pour laisser la place à Justine près de Matteo que pour me dégourdir les jambes et l'esprit. Avisant le verre vide d'Andrew, je le remplis. En même temps que je fais ces gestes machinaux, mille questions m'assaillent. Même si Justine m'a fait silencieusement comprendre que ce n'est pas le moment de les poser, il n'empêche qu'elles viennent à mon esprit.

Un accident. Cela n'existe pas, un accident. Alors qui ? Lui, Théore, elle, prétentieuse : ça peut faire foule d'ennemis. Sans comptes les Euménides... Il y a tellement de possibilités.

Je regarde Matteo et Justine qui vient de s'asseoir à côté de lui.

Non, ce n'est pas le moment des questions. Ça ne le sera peut-être jamais.

Où sont les corps ?

Qui l'a averti ?

Qui, les premiers, ont été informés ? Visiblement, Matteo a eu le temps de se saoûler et de venir jusqu'ici (les deux en même temps, sûrement) depuis qu'il sait. Et mes parents n'ont pas encore été informés ?

Pourquoi ?

Le vertige me prend. Un sentiment de colère se mêle à ma tristesse.

Et puis je balaie tout ça de la pensée.

Il ne me reste que la crainte : Matteo est-il en danger, lui aussi ?

Alors, d'un pas déterminé, je m'approche de Matteo et pose mes deux mains sur ses épaules. Mes cheveux longs, ma barbe hirsute, le crispement général de mon corps et de mon visage me donnent l'air un peu fou - mais ce n'est pas si rare, chez moi.

- Ecoute. Je ne suis qu'une buse. Quoique tu fasses, quoique tu décides, sache que tu peux compter sur moi.

Je fouille son regard, comme si je voulais que mes mots s'impriment au plus profond de son âme, qu'il n'oublie jamais ce que je vais dire, malgré sa douleur et l'alcool.

- Tu pourras toujours compter sur moi, cousin.

En disant cela, j'ai peut-être, sans m'en rendre compte, impliqué le gône. Mais ce que je vois, à cet instant précis, c'est qu'il est de mon sang. Et le petit dernier que je suis ne saurait imaginer ce que c'est que d'être sans famille. Alors, instinctivement, et sans compter, je lui offre la mienne. Et, comme toujours pour moi, les conséquences importent peu - même si elles ne touchent pas que moi.

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18 Re: Prologue - Novembre 2015 le Sam 8 Oct - 4:12

Mon regard croise celui d'Eyquem quand Matteo parle de ravin et d'accident de voiture. Nous pensons la même chose en même temps. Il n'y a pas d'accident chez les mystes. Et ceux qui en voulaient à ses parents pourraient en vouloir à leur fils.

J'ai le même réflexe protecteur que mon cousin par alliance. La même curiosité inquiète vis-à-vis des circonstances de leur décès. Puis, immédiatement après, la même retenue. La priorité est de rappeler, non, montrer à Matteo que nous sommes là.

Je remercie Eyquem pour le verre d'un mouvement de la tête puis me rapproche de lui et de Justine lorsque leur étreinte se dénoue. Je cherche des mots mais ne fais qu'étouffer des onomatopées inconfortables. Finalement, je tends mon verre sans grande énergie et fixe Matteo.


"Honore les morts."


Je prononce la phrase comme un rappel, presque un ordre. C'est ce qu'il convient de faire même lorsque l'on ne respectait pas les vivants.

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19 Re: Prologue - Novembre 2015 le Sam 8 Oct - 11:11

Toutes ces sollicitations me retournent au plus profond de moi.
Ils font attention à moi, veulent mon bien sans retour. J'accueille avec soulagement l'accolade de Justine et conserve quelques temps la tête sur son épaule laissant quelques larmes couler sur elle.

La main d'Equyem et son appui sans faille ne m'étonne pas bien entendu, ni la volonté de rendre service d'Andrew. Ils sont si soudés ensemble et forment vraiment une famille au-delà de leur gône. Finalement avec mes parents , nous étions à peine une famille et nous n'avons jamais été un gône.

Mais est-ce si bien attentionné ? Depuis quand chez les mystes c'est  "my Little pony : friendship is magic ?" Ça a plutôt toujours été : " gros nids de serpent : tu vas mourir".
Après tout ils sont aussi un gône soudé en pleine possession de leur moyens . Et moi je suis  avec des morts en début de décomposition comme seuls compagnons de gône , une proie facile. Et pour connaître la généalogie de ma famille jusqu'aux fondations de Venise et bien avant, je sais que les ennemis de qualité , ceux qui daignent que l'on s'arrête pour les écraser , se trouvent principalement aux banquets familiaux. Comme d'hab' je suis seul , mais je suis myste aussi .

Je relève la tête doucement de l'épaule de Justine et l'éloigne délicatement de moi avec le sourire le plus innocent et empli de remerciement .

Merci les gars ! Heu sans offense Justine c'est l'expression hein !

Honore tes morts

Ouais alors ça, mec, laisse moi te dire que je m'en fous . Mais t'as raison sur un point , ils peuvent pas rester où ils sont.

Je trifouille mon téléphone et envoie un SMS à Eyquem avec un lien google maps :
une route serpentant au coeur des colli euganei petit coin de paradis au nord du veneto ou les Antonioni avaient pour habitude d'aller les week ends et où nous avons nos premiers souvenirs de nuits étoilées étalés dans l'herbe haute  à voir qui connaissait le plus de constellations avec Equyem.

Voilà où ils sont , du moins de ce que j'en ai reconnu quand j'ai vécu leur chute en direct il y a quelques heures. Hé ouais mon père était un putain de théore comme disait la trame, mais il avait ses petits arrangements . Faire bénir son fils de 6 ans pour pouvoir garder un œil sur lui c'est frais ça ! Par contre il ne lui est pas venu à l'esprit que ça marchait dans les deux sens...

Ma voix se meurt suivi par mon regard qui en a sûrement trop vu

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20 Re: Prologue - Novembre 2015 le Sam 8 Oct - 12:52

Le sourire de Justine est doux, avec toute la compréhension d'une professionelle de l'empathie, jusqu'à ce que Matteo sorte son téléphone. Son visage prend un air soucieux. Elle jette brièvement un regard perplexe à ses compagnons de gônes, comme si elle attendait d'eux qu'ils se rendent compte d'une chose, puis décide rapidement de prendre les devants.

"On peut peut-être voir ça après. Chéri, Andrew, vous voulez bien commencer à préparer le diner en attendant?"  

Pour le reste du language corporel, il exprime clairement et à tous son besoin de parler à Matteo seule, et accessoirement qu'on donne à l'adolescent un peu d'air.

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21 Re: Prologue - Novembre 2015 le Sam 8 Oct - 14:48

Je plisse les yeux et le front devant les insinuations de Matteo. Devant cette avalanche d'informations, j'accepte volontiers l'invitation de Justine et me tourne vers Equyem pour confirmer notre mouvement vers la cuisine.

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22 Re: Prologue - Novembre 2015 le Dim 9 Oct - 8:18

Lorsque je reçois le message en même temps que j'entends Matteo expliquer qu'il a tout ressenti en direct, je tressaille et pâlis. Je n'avais même pas songé à cela. En fait, je préfère même ne pas y penser, tant cela me semble insoutenable.

Je ne saisis pas vraiment l'intention de Justine, et je réponds avec surprise :

- Préparer le dîner ? Tu as faim ?

Parfois, je ne la comprends vraiment pas. Comment peut-on songer à manger dans un tel moment ?

- Enfin, si tu veux...

De toutes façons, ça me fera penser à autre chose, c'est mieux.

Il va aussi falloir que je trouve un moment pour m'isoler et appeler mes parents - pas que j'ai vraiment envie de m'en occuper, mais il va falloir cependant le faire, et vite.

Je fais demi-tour et me dirige vers le fond de la salle, où se trouve la cuisine ouverte. Je n'oublie ni mon verre, ni ma bouteille.



Dernière édition par Eyquem Antonioni le Dim 9 Oct - 13:46, édité 1 fois

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23 Re: Prologue - Novembre 2015 le Dim 9 Oct - 13:29

Justine ne peut retenir un soutenir exaspéré suite aux questions de son mari, mais ne dit mot, toujours assise sur le canapé. Une fois Eyquem parti vers la cuisine, elle s'autorise une pointe de sarcasme en francais dans sa barbe, à portée d'oreille de Matteo:

"Non j'nous voyais bien dîner à une heure du matin, mais comme on a deux invités je me suis dit que ça ferait peut-être mauvais genre." Elle se retourne pleinement vers l'adolescent,  repassant à l'italien. "Dès fois je me demande vraiment ce que je vais faire de lui."
Mettant enfin les tensions conjugales de côté, son regard redevient parfaitement sincère:
"Matteo, je te demande pardon si nos réactions t'ont mis un peu sous pression."

Elle marque un temps. Probablement pour travailler sa tournure de phrase.

"J'ai été initiée aux Mystères depuis beaucoup moins longtemps que vous tous, et il y a peut-être des choses qui m'échappent, mais une chose que je sais c'est que tu es en état de choc. Et que t'es beurré. Je pense que tu devrais prendre un peu de temps pour essayer de te calmer." Elle prend le rhum de ta main pour le poser sur la table basse "Françoise Antonioni" à 5 chiffres sans se soucier d'un dessous-de-verre. "Tu peux nous laisser nous occuper de prévenir la famille. Ou pas, c'est comme tu veux, je me doute que la dernière chose dont tu aies envie c'est qu'on te dise quoi faire."

Son regard fait rapidement état de ta situation vestimentaire. Dans la précipitation de ton départ, t'habiller pour la météo de la côte Est n'était pas vraiment dans les priorités.
"Tu es trempé, tu veux pas qu'on te fasse couler un bain, le temps que ça sèche? Le diner devrait être prêt quand t'auras fini."

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24 Re: Prologue - Novembre 2015 le Dim 9 Oct - 18:48

J'entends le sarcasme de Justine et ne réagit pas complètement, Je n'ai compris qu'une partie , bien que le ton ne laisse aucun doute sur le sens. Il semblerait que Justine et Equyem aient aussi leur part sombre.

Je regarde Justine et la laisse m'enlever mon verre d'alcool. Plus que la bouteille et l'éthanol dans mon sang, je ne me souviens pas la dernière fois que j'ai dormi. Et la perspective d'un bon bain chaud ne se refuse pas évidemment.

Heu ouais ok. mais vous avez de la mousse?

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25 Re: Prologue - Novembre 2015 le Lun 10 Oct - 5:52

Justine se lève avec le sourire retrouvé.

"Oui bien sûr on doit avoir ça. Parcontre on a pas de petit canard en plastique, ça t'ira quand-même?"

Même si tu connais la maison, elle t'accompagne à l'étage jusqu'à la grande salle de bain. La pièce d'eau, tout en bois et céramique, n'a rien a envier aux suites d'hôtel de Vegas. Baignoire-spa, douche-hammam, banquettes-coffres, on y trouve tous les mots composés pondus par les Mystes ces dix dernières années dans leur soif inétanchable de luxe. La déco n'est cependant ni ostentatoire ni tape-à-l'oeil, ayant même une touche d'érudtion discréte: un pan de mur arbore un bandeau de mosaïque représentant Protée et ses différentes formes.

La main experte de Justine pianote une courte mélodie binaire sur le panneau de domotique et des trombes jaillisent de la baignoire à jet d'eau. Elle sort d'une banquette une serviette et un paignoire, qu'elle pose à portée du baigneur.

"Tu peux mettre ta chemise à sécher sur le chauffe-serviette. Sinon Eyquem garde des t-shirts pour dormir dans l'armoire derrière toi. Y'a le Bluetooth si tu veux mettre de la musique."

Elle commence à se retirer. Avant de refermer la porte elle ajoute sur un ton bienveillant: "Prends ton temps. Tu peux même piquer un somme si tu veux. On viendra te chercher quand le dîner sera prêt."

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