Forum en play by post du jdr de Lionel Panhaleux & Nicolas Thomelin aux Editions John Doe


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26 Re: Prologue - Novembre 2015 le Lun 10 Oct - 20:17

Pour le canard en plastique ça devrait aller

Je suis Justine un peu en mode automatique et l'écoute religieusement. L'alcool et les émotions ont fini par avoir eu raison de mes capacités cérébrales . Une fois la porte refermé je me déshabille en laissant mes vêtements en boule dans un coin et une chaussette sur un des flacons côté du lavabo et je me glisse dans un bon gros bain chaud moussant.

Quelques minutes plus tard, un ronflement sourd et puissant s'échappe de la salle de bain et résonne dans l'escalier

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27 Re: Prologue - Novembre 2015 le Jeu 13 Oct - 5:02

Alors que j'avance vers la cuisine, je me tourne vers Andrew* et affiche un air surpris :

- Toi aussi tu as faim ?

Je pose verre et bouteille et, de gestes rapides, ouvre réfrigérateur et placards. Je me mets à marmonner.

- Evidemment. Je pars deux mois, et il n'y a plus rien d'Italien dans la maison...

Je laisse le frigo ouvert quelques instants, m'appuyant sur la porte, les yeux cherchant une solution à mon problème. Un demi-sourire apparaît quand j'ouvre le bac à légumes.

- Des champignons. On est sauvés !

Apparaissent alors sur le plan de travail, sortis avec vivacité, du riz arborito, des oignons, de l'ail, du vin blanc, de la crème fraiche, du persil et de quoi relever. Commence alors presque une danse près de la cuisinière. Les gestes sont sûrs, rapides, efficaces. Pendant quelques instants, j'en viens même à siffloter, étant tellement concentré sur ce que je fais, que j'en oublie le monde alentour. Et puis tout est mis dans la sauteuse et, tandis que je contemple le riz qu'il va me falloir alimenter en eau, je me tourne brusquement vers Andrew et plante mes yeux dans les siens :

- Tout ça, ça pue.








* pour faire avancer le récit, j'ai fait avancer ton personnage : j'espère que tu ne m'en veux pas !

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28 Re: Prologue - Novembre 2015 le Ven 14 Oct - 10:45

Posé contre le plan de travail, je regarde Eyquem faire sans oser m'immiscer dans son rituel culinaire. Il est un des rares dont le côté autiste me fascine, là où tant d'autres m'exaspèrent vite. J'ai quasiment fini mon verre pour meubler notre non-discussion quand il se rappelle enfin de ma présence.

"Les champignons ont l'air frais pourtant..."

J'enchaîne peu après mon trait.

"Ouais... les théores en resteront sûrement pas là... je serais toi, je les laisserais mener leur enquête. Tout ce que tu peux faire c'est t'occuper de Matteo."


Je le regarde. Sa barbe. Son style hirsute. Son introversion. Ses champignons.

"Ou laisser Justine s'en occuper en tout cas. Ça va entre vous ? Je te sens tendu..."

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29 Re: Prologue - Novembre 2015 le Ven 14 Oct - 17:13

Je fronce les sourcils quand Andrew me parle des champignons. Puis, reconstruisant l'ecart entre nos deux fils de pensée, je pars d'un franc éclat de rire.

Avant que Andrew ne reprenne et me ramène au sérieux.

- J'ai quand même bien envie d'aller y faire un tour. Nous ne connaîtrons leurs conclusions que tardivement, je préfère savoir le plus tôt possible si mon cousin a des ennemis.

J'ai la mâchoire crispée. J'hésite et ajoute :

- Tu viendrais avec moi ?

Je pousse un soupir.

- De toute façons, il va falloir gérer les obsèques. Et moi, la paperasse des démunis...

J'ai un geste de la main éloquent.

Puis Andrew parle de Justine et je pousse un profond soupir.

- Elle me reproche mes absences. Elle dit que je lui manque. Mais moi aussi elle me manque, et je ne lui fais pas la gueule quand je rentre ! Je ne la trompe pas...

Je fais une pause. Plus qu'en colère, je semble abattu.

- Tout ça est d'un trivial. Pourquoi ne me comprend-elle pas ? Les recherches, la forge, l'art : c'est toute ma vie. Je suis né pour ça. Et puis je l'ai découverte elle, et j'ai compris que j'étais né aussi pour l'aimer. Mais c'est trop, tout ça. Je ne peux pas tout étreindre en même temps. Chaque fois que je pars je pense qu'elle le comprend, chaque fois que je reviens j'ai droit à sa rancoeur.

Je pousse un soupir et contemple les reflets de la lumière dans mon verre.

- Enfin, elle finit toujours par oublier qu'elle m'en veut...

J'ai un petit sourire de fierté et remets de l'eau dans le riz, en touillant.

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30 Re: Prologue - Novembre 2015 le Sam 15 Oct - 13:05

Eyquem a écrit:- Tu viendrais avec moi ?

Je dodeline de la tête sans grande conviction puis fait un petit oui poussé par le devoir familial.

Quand il embraye sur sa relation conjugale j'ai un léger sourire en coin. Une sorte d'étrange nostalgie devant ces problèmes qui paraissent insurmontables mais qui ne le sont pas tant que ça.

"Boh... elle finira par s'y faire. Faudrait que tu trouves un moyen de communiquer quand t'es parti. Mais je sais pas qui pourrait t'aider sur ce coup là... Je demanderai la prochaine fois que je passerai dans un cocon."

Je finis mon verre avant de demander.

"Et d'ailleurs ça donne quoi tes excursions ? T'as avancé ?"

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31 Re: Prologue - Novembre 2015 le Sam 15 Oct - 20:07

- Un moyen de communiquer ? Pour quoi faire ?

Je regarde mon interlocuteur d'un air qui oscille entre étonnement et colère. Soit j'estime que celui-ci est soit stupide, soit... stupide. Et pourtant, c'est bien Andrew que j'ai en face de moi... Je me renfrogne en pensant qu'il a dû parler sans réfléchir. Je prends cependant la peine de lui répondre :

- J'ai autre chose à faire que communiquer avec les gens, quand je suis occupé.

Je deviens tout rouge quand il qualifie mes recherches et essais "d'excursions". Si jamais je fus un jour loquace sur mes avancées - chose que je ne fus jamais, étant plus jaloux qu'un sphinx de mes secrets - ce n'est clairement pas cette discussion qui me le ferait redevenir.

- Hum, me contentais-je de répondre. Et toi ?*




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32 Re: Prologue - Novembre 2015 le Dim 16 Oct - 2:47

Son renfrognement m'amuse plus qu'autre chose.

"Boh on a identifié le gêne du divorce précoce et il est étrangement lié à celui de l'autisme et du manque de communication."

Je laisse un temps pour que nos expressions faciales se croisent, mesurant tout le sous-texte de la phrase.

"Mais sinon, des progrès par-ci, par-là mais rien de concluant. Il se peut que toute l'oeuvre de ma vie se résume à avoir démontrer que le gênome mystique n'est qu'un mirage, une théorie démontée...

Il est fort possible que la raison soit ailleurs, dans une autre discipline... Peut-être même qu'on ne pourra jamais expliquer ce qui fait de nous ce que nous sommes. Je veux dire, s'il y a bien une chose que l'on commence à comprendre avec la physique quantique par exemple c'est qu'on n'est pas calibré pour la biter. On aurait nos limites quoi."


Je réalise que mon discours est assez sombre dans une ambiance déjà pas jouasse.

"Mais quand même... aux dernières nouvelles, seuls des homo sapiens sapiens sont capables de modifier la Trame. Il doit donc y avoir quelquechose dans les 1% du materiel génétique qui nous sépare du dauphin qui devrait apporter un bout d'explication.

Je vais essayer de monter un collectif de recherche avec des experts mystes de diverses discipline sur le sujet. Même si... quelque chose me dit que ça doit déjà exister...

Enfin bref..."

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33 Re: Prologue - Novembre 2015 le Dim 16 Oct - 13:20

En cuisine on entend Justine descendre deux marches d'escalier

"Je crois qu'il est parti pour dormir..."

@Andrew:

Elle s'immisce entre vous deux, une main dans le dos de son mari.

"Et toi, ça va? Je suis vraiment désolée..."

@Eyquem: Ton téléphone vibre. Il affiche la photo de ta soeur enregistrée dans ta liste des contacts. Une vieille capture d'écran ninja qui t'avais bien fait marrer à l'époque.

INCOMING CALL

Aless'

[Answer]                       [Decline]

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34 Re: Prologue - Novembre 2015 le Lun 17 Oct - 5:08

Lorsque Andrew énonce sa première phrase, je regarde le vide, comme absorbé par quelque chose. Je ne réagis pas, ne donnant pas l'impression d'avoir entendu. Je ressemble soudain à ces enfants en bas-âge qui, accaparés par une quelconque activité, n'entendent pas leurs parents les appeler pour aller au bain - mais réagissent sans attendre dès qu'ils leur proposent quelque chose d'encore plus intéressant que ce qui les occupe.

La comparaison s'impose à l'esprit d'Andrew lorsqu'il aborde le sujet de ses études et que Eyquem réagit aussitôt, montrant par son regard et sa posture une écoute attentive de ses propos. Je m'apprête à répondre lorsque Justine arrive dans mon dos. Je me retourne alors et, l'enveloppant de mon long corps, je saisis sa taille et embrasse son front. Bien que les gestes soient chastes, la chaleur que Justine peut sentir se dégager de mon corps peut la détromper.

Trois mois...

Je regarde mon portable qui sonne et interrompt le cours de ma pensée qui n'a guère eu le temps de se dérouler.

- C'est Aless.

Je regarde Justine et Andrew.

- Il faut que je réponde.

Mon ton grave et mes yeux inquiets ne laissent pas de doute sur ma pensée : j'appréhende tout ce qu'il va falloir expliquer.

- Justine, mon amour, tu peux t'occuper du riz, s'il te plait ?

Un dernier baiser dans les cheveux, la main qui frôle la nuque, et je saisis mon portable tout en faisant un mouvement pour m'extraire de la partie cuisine de la pièce.

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35 Re: Prologue - Novembre 2015 le Lun 17 Oct - 8:51

Pas mécontent d'échanger Eyquem pour Justine, j'attends que le chevelu s'écarte pour répondre à la question qui avait été laissée en suspens.

"Ouais ça va, t'inquiètes pas... Quelque part, tout ce qui arrive à Matteo, ça me permet de relativiser.

Je t'avais dit qu'on partait sur une garde partagée ? Enfin en tout cas, ça y est c'est signé."


Je cherche à remplir mon verre avec la première bouteille ouverte à portée et propose de remplir un autre ballon pour Justine.

"Enfin bon, ça va... c'est... euh..."
ma voix traîne dans les graves alors que je cherche mes mots, "on va dire... que c'est grosso modo pas pour moi que c'est le plus dur."

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36 Re: Prologue - Novembre 2015 le Mar 18 Oct - 3:59

@Eyquem: "Dis moi que c'est Andrew et pas toi."

Si la phrase va droit au but, la voix est posée, le ton riche d'assurance, et le timbre celui d'une femme dans sa quarantaine que peu de choses arrivent encore à surprendre. La photo affichée sur ton téléphone pourrait tout aussi bien être d'un autre temps.
Quelque part, elle l'est.

Comme tu mets un temps à integrer de quoi elle parle, elle précise*:

"J'ai l'augure d'une corneille dévorant une pie sur mon balcon qui m'indique la mort d'un couple, et Hermès vient de m'envahir d'une grande tristesse. Dis-moi que c'est le divorce d'Andrew, et pas le tiens."


@Andrew: En bonne époouse Justine se met à touiller le riz d'une cuillère de bois. En mauvaise cuisinière elle n'arrose en rien le risotto.

"Tu dois être soulagé. Mais je croyais que tu ne voulais pas de la garde, qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis?"



Dernière édition par Trame des Moires le Mer 19 Oct - 5:38, édité 2 fois

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37 Re: Prologue - Novembre 2015 le Mar 18 Oct - 7:37

Après la première phrase de ma sœur, j'ai un petit temps de latence. Heureusement, elle enchaîne les explications éclairantes. Tandis qu'elle parle, je ne peux m'empêcher malgré moi de me tourner vers Andrew et de le regarder.

C'est donc pour ça qu'il est là ?

- Non, ce n'est pas moi, Aless.

Je marque une pause.

- Mais, ça, c'est... triste, mais ce n'est pas grave. Enfin, je veux dire, il n'y a pas mort d'h...

Fichtre, je ne suis vraiment pas douée pour communiquer avec les gens. Je regarde ma femme, ma muse, et pousse un profond soupir. J'annonce d'une voix grave :

- Il y a plus grave, Aless. Matteo est à la maison. Il ne va pas bien du tout. J'ai une très mauvaise nouvelle à t'annoncer.

Je ménage un petit silence - je crois que c'est ce que j'aurais fait Justine, qui aime toujours ménager un suspens quand elle a quelque chose qu'elle croit important à me dire. (Je n'aime pas ça, mais elle est psy, elle doit savoir ce qu'elle fait.)

- Il y a eu un accident de voiture. Grave.

Nouvelle pause. Cette fois-ci, ce n'est pas parce que j'essaie de faire les choses bien. Mais parce que moi-même ai du mal à trouver ma salive.

- Ses parents... Ses parents n'ont pas survécu.

J'arrête de respirer, appréhendant sa réaction. Je stresse : je ne sais pas consoler les gens quand je les ai en face de moi, c'est encore pire par téléphone. Même si Alessia n'est pas du genre à fondre en larmes, elle connaissait mieux que moi notre oncle et notre tante - ayant été adulte plus tôt que moi, et peu souvent impliquée dans nos jeux d'enfants, à Matteo et à moi.

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38 Re: Prologue - Novembre 2015 le Mer 19 Oct - 1:18

Dans son appartement de l'upper west side, Alessia est en tenue de sport, debout dans la grande cuisine-salon, tenant d'une main son téléphone et ouvrant le frigo de l'autre. Quelques mèches échapées de sa queue de cheval sont collées à son front par la sueur. Depuis le 21eme étage, on pourrait voir le parcours qu'elle à courru à travers les arbres dénudés de central park, éclairé en pointillé par les lampadaires.

Il y a plus grave Aless'

Sa main hésite devant le bac de fruits puis revient s'agripper à la poignée de la porte. Ses yeux partent vers le téléphone sous des sourcils froncés.

Il y a eu un accident de voiture. Grave.

Ses doigts se serrent encore un peu plus autour du métal. Ses articulations blanchissent.

Ses parents n'ont pas survécu.

Une inspiration brusque enfle ses poumons, qu'elle étouffe immédiatement de sa main. Tout son corps se tend. Ses yeux cherchent partout de quoi invalider la nouvelle mais l'espace devant elle-demeure inéxorablement vide. S'en suit un long silence incrédule.

Le frigo, dans son mépris insolent des émotions humaines, lamante sa porte ouverte en vrombissant.

Ses yeux s'écarquillent progressivement à mesure qu'une réalisation prend forme. Ses doigts se décollent enfin de ses lèvres.

"Attends, c'est. C'est arrivé quand?"

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39 Re: Prologue - Novembre 2015 le Mer 19 Oct - 5:13

"Elle..." dis-je dans un soupir. "Comme souvent."

Puis je réfléchis à son début de phrase. Soulagé... Ma pommette gauche se contracte. Je veux rebondire mais décide de n'en rien faire. A la place...

"Sinon, il est toujours comme ça Eyquem ou juste quand il revient d'un de ses périples en cocon ?"


Je ne cache pas mon jugement critique vis-à-vis de celui qui a épousé quelqu'un de ma famille.

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40 Re: Prologue - Novembre 2015 le Mer 19 Oct - 10:41

- Il y a quelques heures, apparemment. Matteo est venu chez nous tout de suite, si j'ai bien compris.

Je pousse un profond soupir.

- Pour l'instant il se repose. Ce n'est qu'un gamin, encore... Il ne semble pas en mesure de pouvoir gérer. Andrew s'est proposé pour les funérailles...

Je ménage une pause. Peut-être vais-je trop vite dans les informations ?

- Je vais me rendre là-bas rapidement. Je ne sais même pas encore si les secours sont sur place.

Je prends le temps d'être sûr de moi avant d'affirmer :

- Je veux aller sur les lieux de l'accident pour enquêter. Je veux être sûr que Matteo n'est pas, lui non plus, en danger.

J'attends sa réaction avec une certaine impatience. Ma sœur aînée a toujours eu la tête sur les épaules, et est souvent de bon conseil. Même si je ne les écoute pas toujours...

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41 Re: Prologue - Novembre 2015 le Mer 19 Oct - 13:28

Il y a quelques heures, apparemment

Les yeux d'Alessia s'ouvrent en grand, ses pupilles se contractent en un point. Son frère aurait pu hurler ses élaborations, elle ne les auraient pas plus entendu.  

Ses bras tombent le long de son corps, manquant de lacher le téléphone. Elle se laisse tomber en arrière, son dos fermant le frigo puis glissant le long de sa porte. Assise au sol, sa main libre vient frapper son front.

"Quelle conne."

Sa bouche se tord en une grimace de douleur et de tristesse. Elle se frappe la tête à nouveau.

"Putain mais qu'est-ce que je suis conne." Elle prend sa tête en étau par les tempes. Elle frappe la tête en arrière contre la porte entre chaque phrase, prononcée dans un gémissement. "C'est pas vrai. Par les moires. Mais quelle! Conne!"

Ses épaules se haussent dans un sanglot, qu'elle réprime une première fois, puis une deuxième.

Je veux aller sur les lieux de l'accident pour enquêter.

A la troisième, elle se ressaisit. Toujours assise par terre, elle remet le téléphone à l'oreille. Elle essuie une larme sur sa joue, parlant d'une voix d'abord ralentie par le choc, puis graduellement plus volontaire.

"Nan. Reste là où t'es. Reste avec Matteo. C'est peut-être à toute la famille qu'on en veut. La pire chose que tu puisses faire c'est d'aller jouer les Théores tout seul."

Elle expire un grand coup. Elle semble soudain très fatiguée.  

"Où est-ce que t'as dit qu'avait eu lieu l'accident déjà?"  

***

De l'autre côté de l'Hudson, les Héliodes poursuivent leur conversation en cuisine.

A la dernière remarque d'Andrew, Justine lève les yeux au ciel, la bouche entrouverte, secouant la tête. Dur de dire si le sentiment est une exageration à la française, ou si les choses sont pires que ce que son cousin imagine. Elle abandonne definitivement le riz pour s'adosser contre le comptoir, bras croisés.  

"J'ai épousé un grand autiste. Et ça me fait un peu mal de le voir prêt à tout lacher pour son cousin, alors que pour sa femme, walou." Une courte pause le temps de se rendre compte de ce qu'elle dit. "Pardon. C'est un peu vache. Le pauvre Matteo." Elle lève les yeux vers la salle de bain. "Il était dans le même gône que ses parents, c'est ça? Tu penses aussi qu'il est en danger?"

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42 Re: Prologue - Novembre 2015 le Mer 19 Oct - 14:57

La réaction de ma sœur me fait mal. J'entends ses insultes, j'entends ses silences douloureux. J'aurais voulu être là, près d'elle, pour la prendre dans mes bras. Au lieu de cela, je m'isole un peu plus loin de la cuisine, tournant le dos à ma femme et son cousin.

- Aless... Si tu t'estimes conne à cause de l'augure, tu as tort. Comment aurais-tu pu deviner... ? Ils paraissaient si...

Leurs silhouettes lointaines et grandies me reviennent en mémoire.

- Invulnérables. Comment aurais-tu pu songer qu'ils étaient en danger ? Qui aurait pu y songer ?

J'écoute l'interdiction de ma sœur et tressaille à son hypothèse.

- Si tu penses que c'est toute la famille qui peut être en danger, raison de plus pour que j'y aille. Mes talents peuvent y être utiles. Si on a un ennemi, je préfère savoir qui. Je ne tolérerai pas de trembler chaque fois que Justine sortira de la maison. Je ne veux pas avoir à supporter l'inquiétude perpétuelle qu'il vous arrive quelque chose, à toi ou à la famille. Et puis, je n'irai pas seul : Andrew s'est proposé de m'accompagner.

Pieux mensonge pour épargner des inquiétudes. Je n'ai pas senti le cousin de ma femme vraiment motivé pour aller sur les lieux. En même temps, qui le serait ?

Je pousse un soupir en entendant la question d'Aless. D'un côté, cela signifie que son cerveau s'est remis à fonctionner normalement. D'un autre, ça veut dire qu'elle peut aussi s'arranger pour me faire fermer le seul lieu à partir duquel je peux essayer de trouver des indices. Dois-je lui répondre ?

- Ils sont quelque part près de leur résidence d'été.

Ce n'est pas un mensonge - elle n'est pas obligée de savoir que je sais exactement où ils sont. En même temps que je lui parle, je monte les marches quatre à quatre pour aller dans le bureau : je dois envoyer un mail en urgence à Phil, mon assistant. J'ai besoin qu'il prépare le voyage d'urgence.

Mon cœur se serre en pensant à Justine. Voudra-t-elle m'accompagner ? Ne vaut-il pas mieux qu'elle veille sur Matteo ?

J'avais imaginé bien différemment nos retrouvailles...

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43 Re: Prologue - Novembre 2015 le Mer 19 Oct - 17:30

J'ai une moue presque douloureuse lorsque je cherche à formuler ma réponse. La contrition que je devrais ressentir n'arrive pas à s'imposer. Pendant un temps, j'ai envie de dire que je n'en sais rien, mais c'est faux.

"Ben... pas vraiment en fait,"
lâché-je enfin avec un manque d'hésitation qui m'étonne moi-même.

"Je veux dire, ceux qui ont fait ça, ont réussi - faute d'un meilleur mot - à assassiner un théore et sa femme. Un couple de mystes qui étaient pas des charlots je veux dire... Des gens talentueux, expérimentés et qui avaient toutes les raisons d'être vigilant. Matteo est certes brillant mais il manque encore de bouteille sans mauvais jeu de mots... M'est avis que s'ils avaient voulu le tuer, ils l'auraient déjà fait."


Je regarde Justine un temps pour vérifier sa réaction émotionnelle mais continue, autorisant enfin mes mots à aller presque aussi vite que mes pensées.

"Et je veux dire, un attentat comme ça. Ça se prépare de loin. Ils devaient s'être intéressés à Matteo et savoir que ce serait pas le genre à aller déterrer la hache de guerre pour se lancer dans une vendetta familiale. Tout au plus, ils doivent craindre un soudain sursaut de piété filiale mais il suffira que eux ou leurs informateurs le voient aux funérailles - car il ira à leurs funerailles, ça je te le garantie, même si je dois le traîner par la peau du cul... Il leur suffira de le voir aux funerailles pour comprendre que Matteo va mettre un point d'honneur à ne pas laver celui de ses parents."


Je soutiens la logique de ma réflexion par un geste qui en souligne l'évidence.

"Et puis... euh... ben Matteo est quand même le mieux placé pour savoir s'il a du soucis à se faire ou pas. Et honnêtement, tout nous montre que c'est pas le cas. Enfin, mets-toi dans ses pompes deux secondes, tu apprends en direct que tes parents se sont fait descendre, si tu soupçonnes que t'es le suivant sur la liste, la première chose que tu fais, c'est pas de te mettre une caisse.

Je veux bien qu'on dise qu'il est jeune, mais il est pas con ou inconscient aux dernières nouvelles. Non, je pense qu'il est pas inquiété et que son père s'est juste fait des ennemis trop puissants pendant sa carrière..."


Je pince les lèvres et souffle par les narines, révisant mon jugement par esprit auto-critique.

"Maintenant... on a pas le quart des informations sur le sujet, si ça se trouve oui, y a un danger, un truc que Matteo sait pas ou a oblitéré... donc bien sûr on va le protéger. M'est avis qu'après les funerailles, on aurait intérêt à le mettre dans un cocon quelques semaines le temps que ça se tasse et qu'on laisse les théores faire leur enquête. Il pourrait d'ailleurs aller avec Eyquem quelques jours. Ça sera pas la colonie de vacances, certes, mais ça lui fera probablement du bien. A eux deux d'ailleurs.

Et puis... ça pourrait éviter qu'Eyquem aille jouer les détectives privés. Parce que perso, je suis moyennement chaud et c'est surtout pas mon rayon. Et puis merde ! Va y avoir tout le cercle d'or sur le sujet, un théore c'est pas rien quand même ! Y aura des dizaines de personnes cent fois plus qualifiées que nous sur le dossier. Ils devraient arriver à identifier le coupable rapidement. Enfin bon..."


Je me calme un peu, ne voulant pas alarmer Eyquem qui est peut être encore à portée de gueulante.

"Donc bref, je suis pas si inquiet pour Matteo. Par contre, faudrait éventuellement trouver deux personnes pour reprendre les hiéras de ses parents - des gens qu'il apprécierait - ou organiser une semaille sinon. P'têtre plus simple. Histoire qu'il ait moins de chance d'être la cible de quoi que ce soit. Et aussi psychologiquement, ça peut peut-être aider. Enfin je sais pas, je le connais pas assez pour savoir comment il réagirait à cette idée."


Vider mes réflexions me fait du bien. Plus de questions que de réponses, mais cela ne nuit en rien à mon confort intellectuel. Déformation profesionnelle.

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44 Re: Prologue - Novembre 2015 le Jeu 20 Oct - 8:34

Alessia, encore visiblement assomée, n'a pas d'animosité dans la voix. Tout au plus de l'exasperation résignée.

"Eyq'...

Tu fais vraiment chier à toujours prendre pour toi les grandes questions.

Tu peux pas laisser une inconnue tranquille pour 24h, je sais pas, le temps de nous laisser integrer ce qui vient d'arriver? Non?"


Un long soupir.

"Mais tu sais quoi? Vas-y. Tu veux te coincer sans échappatoire au dessus de l'Atlantique pendant 8 heures? Fais-toi plaisir! Tu veux partir avec trois temps de retards? Donner à tout le monde le temps de te voir venir? Bah vas-y, mon grand! Autant qu'on nous enfume pour de bon! Tu veux te pointer comme une fleur sur les traces d'un Euménide? Mais vas-y putain! On vient de perdre deux membres de la famille, on n'est pas à un troisième près!"

Elle se relève. Son visage est toujours atone. La corneille sur le balcon lui échange un regard, croasse et s'envole, laissant la carcasse de la pie derrière lui. Tout en parlant elle se dirige vers le balcon.

"Fais ce que tu veux, sale tête de mule. Mais j'ai le sentiment que ca sera pour rien. Quelque chose me dit que c'est autre chose encore." Glissement de la baie vitrée. "Je sais pas comment dire. Quelque chose de plus simple mais aussi plus compliqué.". Elle regarde l'oiseau mort, le visage froid comme le coup de vent qui l'enveloppe. Et l'ejecte d'un coup de pied.      

"Je vais devoir te laisser. Je vais à San Gimignano pour prévenir les parents. Je devrais être au Cocon de Manhattan d'ici une heure, hésite pas à m'appeler avant au besoin. Embrasse Matteo fort pour moi."    

Elle raccroche.

Dans la cuisine de la maison, Justine, dont la brillance n'est pas à établir, à presque du mal à suivre le débit du membre de l'institut Mensa. Le temps qu'elle puisse entreouvrir la bouche pour rebondir, une autre maillon de la chaine logique d'Andrew vient la lui refermer. Elle se contente d'acquiescer, visiblement impressionée, integrant tout et ne trouvant rien à redire. Le manque d'experience politique n'aidant pas. Si quoique ce soit aurait pu la choquer, elle ne le montre pas le moins du monde.

L'analyse du généticien est ponctuée par un bruit de cuisson, suivi d'une odeur de brulée.

"Merde!", lache-t-elle dans sa langue natale, se retournant pour verser une grande quantité d'eau d'un coup dans la casserole, touillant avec ferveur pour decoler les morceaux de riz noircis du fond.

"Sinon on a toujours la hiéra que portait sa tante Carlotta. Ca me dérangerait pas d'avoir un oeil sur Matteo. "

Dans sa tête, c'est tout ce qu'elle vient d'entendre qu'elle remue.

"Y'a aussi une autre possibilité qu'il faut considérer."

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45 Re: Prologue - Novembre 2015 le Sam 22 Oct - 13:21

A l'idée d'inclure Matteo dans le gône, je fais une moue signalant que je considère l'idée mais très vite mes doutes se dissipe et je fais des petits oui de la tête avec insistance pour compenser mon hésitation initiale.
Julie a écrit:
"Y'a aussi une autre possibilité qu'il faut considérer."

"Quoi ? Que ce soit réellement un accident ? Justine, sérieux..."

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46 Re: Prologue - Novembre 2015 le Dim 23 Oct - 1:51

Justine secoue la tête.

Elle lève les yeux de la casserole, et regarde Andrew avec tout le sérieux demandé.

"Il faut considérer la possibilité qu'il ait une part de responsabilité. L'alcoolémie, la colère, la fuite vers un refuge, c'est un cas d'école de culpabilité."

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47 Re: Prologue - Novembre 2015 le Mar 25 Oct - 14:36

Elle a raison. Plusieurs évidences de son discours ne peuvent être discutées.

Je me mets au fond de mon fauteuil qui s'incline légèrement en arrière et tapote mon bureau.

D'un côté, ça me soulage. Avec l'emotion retombe mon sursaut de pseudo héroïsme. Je serai mieux chez moi, avec ma petite femme...

Cependant, quelque chose me préoccupe. Je ne saurai pas trop dire quoi. Une phrase de ma soeur : c'est plus simple et plus compliqué... qu'est ce que ça peut être ?

En tout cas, je ne crois pas à la théorie de l'eumenide. Ce genre d'emmerdes, c'est pour les mystes pas intelligents. Or eux étaient redoutables.

Non, "plus simple". Plus simple, c'est plus logique. Plus proche. La plupart des crimes sont commis par des gens qui connaissaient la victime, souvent même quelqu'un de la famille.

À qui profite le crime ? Pas à Matteo ! Il n'est pas du tout ambitieux, il risque même de dilapider l'immense capital tant financier que social dont il va hériter. Pour lui, ça va être l'horreur jusqu'au jour où il aura du plomb dans la cervelle.

Alors à qui ? A quelqu'un qui pourra le manipuler...

J'ai l'impression de passer à côté de quelque chose, ça m'agace.

Ce n'est peut-être pas l'argent, le noeud du problème ? Un secret ? Pour des connaissances, on tuerait père et mère. Mais si ça avait été un secret, est-ce que les pairs de mon oncle ne seraient pas en danger aussi ? Et puis, si ce sont les deux qui sont morts, c'était peut-être un secret partagé. Un secret de famille ?

Non, je m'égare.
Je fais des hypothèses sans fondements, je les réfute sans preuve.
Cela ne mènera à rien.

J'envoie un message à mon assistant pour qu'il regarde ce que l'Opéra de new York propose cette semaine et je redescends gérer mon risotto.

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48 Re: Prologue - Novembre 2015 le Jeu 27 Oct - 14:21

Je fais la moue quand elle suggère une potentielle responsabilité de Matteo. Bras croisés, j'envisage les divers scenarios qu'elle soulève. Il y a plusieurs degrés d'implication possibles et je ne peux considérer que le plus faible à l'heure actuelle.

Je hausse les épaules :

"C'est toi qui connais le mieux ses histoires de famille après... mais quand même... ce serait foutrement con..."


Voyant Eyquem revenir, je laisse le débat en suspens.

"Tout va bien ?"

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49 Re: Prologue - Novembre 2015 le Ven 28 Oct - 7:22

Je hoche la tête.

- C'était ma soeur. Je l'ai mise au courant de la situation. Elle va aller prévenir mes parents en passant par le cocon de New York. Je suppose que là-bas les choses seront prises en main.

J'observe un temps Andrew. Divorce ou pas divorce, du coup ? Est ce que l'augure de mon aînée était bien pour lui, ou était-il pour les parents de Matteo ? Or, si Andrew divorce vraiment, j'aimerais lui signifier ma sympathie. Mais si tout va bien, j'ai pas clair con...

- Ma soeur a vu un augure. Elle pense maintenant que cela ne concerne que notre oncle et notre tante mais sa première interprétation était un possible divorce...

Je lui lance un regard mais, pour ne pas l'obliger à répondre, je me detourne légèrement et contemple alors le risotto brûlé. Je le sors du feu que j'éteins. On commandera des pizzas. Je le pense sans le dire, laissant à Andrew la possibilité de parler, s'il le souhaite. Je me contente de prendre Justine dans mes bras par derrière, en posant mon menton sur son épaule, humant discrètement le parfum de ses cheveux.

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50 Re: Prologue - Novembre 2015 le Ven 28 Oct - 7:31

Je plisse le front puis lève un sourcil en regardant Justine. Elle lui a pas dit ou bien ?... Puis je recolle les morceaux et comprend que sa retraite de forgeron a duré suffisamment longtemps pour que l'information n'ait pas pu circuler.

"Pourquoi penses-tu que j'ai quitté le gône de la Main pour vous rejoindre il y a trois mois, Eyquem ?"


J'ai un début de sourire en demandant ça. Je trouve étrangement plus de comédie que de drame dans l'absurde de la situation. Ne voulant pas le mettre mal à l'aise plus que de nécessaire, je plisse les lèvres en faisant une moue confirmant ses soupçons et indiquant qu'il n'y a pas de malaise à parler du sujet.

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